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François Duvalier (1907 - 1971)

   
 
Issu d'une famille de modestes bourgeois noirs, François Duvalier fit des études au Lycée Pétion (où il eut Dumarsais Estimé comme professeur de mathématiques), et à la Faculté de Médecine de Port-au-Prince. A partir de 1934 il exerça quelques années en milieu paysan; il participa à la campagne d'erradication du pian (maladie vénérienne tropicale), et à une opération de contrôle du paludisme organisée par la mission américaine d'aide au développement. Estimé le nomma secrétaire d'Etat au Travail et à la Santé publique. Duvalier se vanta toujours de s'être consacré à la santé des pauvres, et s'ennorgueillit de son surnom créole de "Papa Dok". Mais c'est en tant qu'idéologue et homme d'Etat qu'il voulut survivre dans les annales haïtiennes, et que malheureusement il y réussit.
 
Sous le seul prétexte d'avoir fréquenté les paysans et les petites gens de Port-au-Prince, Duvalier se déclara ethnologue et, à la mort de Jacques Roumain, n'hésita pas à prendre la tête du Bureau d'ethnologie, où il plaça des collaborateurs qui partageaient son idéologie et son mépris de la rigueur scientifique. Avec Lorimer Denis, Kléber Georges-Jacob et les poètes Carl Brouard et Clément Magloire Saint-Aude, il anima dès 1938 un cénacle qui se "Ecole historico-culturelle", les Griots, du titre de l'organe du groupe, publié en 1938-1939, puis entre 1948 et 1950.
... .CC'est le facteur génétique, racial, qui fonde le caractère national d'une culture, et non les conditions de développement historique propres à chaque pays (Bonjour et adieu à la négritude, p.47).
 

Le concept de négritude suivit dans la tête déréglée de Duvalier la même trajectoire aberrante que le socialisme avait prise dans le cerveau d'Hitler. Dans le nazisme de ce dernier, on trouve un même renversement criminel des valeurs. Nazisme et papadocratie sont des techniques d'oppression absolue...

C'est ainsi que le Griot Victor peut affirmer dans Le Matin du 4 mai 1934 : "Le Racisme comme force spirituelle est l'unique planche de salut. (...) (Il faut) développer l'orgueil racial dans le coeur des jeunes nègres haïtiens". Pour ce faire, d'après Ludovic Morin Lacombe, écrivaint dans Le Nouvelliste du 31 juillet 1935, il importait d'éliminer de l'enseignement tous les "mûlatres et nègres assimilés, et de n'accorder des chaires au lycée et aux collèges du pays qu'aux professeurs nègres ayant le culte de la civilisation africaine".

 

 

 
 

 

 

 

 

Les Griots s'érigeaient en défenseurs des classes moyennes noires promues représentantes des masses sous prétexte qu'elles partageaient leur phénotype, et prétendaient faire croire aux miséreux que leur règne allait arriver avec la montée de Duvalier au pouvoir. Sous le couvert de revaloriser la culture africaine et celle du paysan haïtien, les Griots véhiculaient une idéologie anti-Mulâtres ouvertement aggressive. Le racisme extravagant d'un Beaugé Bercy lui dicte Les péripéties d'une démocratie (1941), une solution toute simple au "problème Mulâtre" :"

LLe mulâtre est le fils du Noir et de la Blanche; vu ses conditions épidermiques, il doit appartenir à la race de son père. Celui ou ceux qui veulent en adopter une autre race n'ont qu'une seule chose à faire : se retirer d'Haïti. (p. 170-171)te

 

Duvalier lui même avait des prétentions littéraires." Les Sanglots d'un exilé" un sien poème écrit à vingt-huit ans , est intérressant, non certes pour ses qualités artistiques, mais parce qu'il exprime bien la rancoeur des intellectuels noirs désargentés qui se sentaient exilés dans leur propre pays par les Mulâtres qui tenaient le haut du pavé :
"Mais le noir de ma peau d'ébène se confondit
Avec les ombres de la nuit...
Quand, cette nuit là, hideux comme un fou,
J'ai abandonné ma chambre froide d'étudiant (...)
J'étais-moi-pauvre petit nègre exilé dans mon Propre Pays.
Tête nue
Sans veste
Les intestins vides
Sur le macadam plein d'ombres de Port-au-Prince,
Et j'ai marché longtemps devant moi (...)
J'ai frappé en vain à toutes les portes
Mais le noir de ma peau d'ébène se confondit
Avec les ombres de la nuit
Et l'on ne me vit même pas (L'Action nationale, 16 jan. 1935)."

Cette poésies larmoyante ferait sourire, si l'on ne savait quelle vengeance atroce 'Papa Dok" allait exercer sur ceux qui l'avaient jadis humilié. Dans le même ordre d'idées ,il faut signaler le roman d'Hénock Trouillot, duvaliériste de la première heure, "Chair, sang et trahison" (1947). Il s'agit d'un roman de moeurs,où l'on voit Georges Larue, Mulâtre "au port vaniteux ou à la voix sonore", se résoudre à épouser, pour redorer son blason, "la douce brunette" Germaine Charles :

Georges eut honte, mais d'une seule chose : d'avoir eu à se montrer durant les cérémonies éclatantes du mariage avec sa femme, une noire, au public qu'il croyait ahuri de sa déchéance (p. 17).

Et pourtant, Germaine est bien désirable, dans l'optique haïtienne, puisque savoureuse comme un fruit : "ses lèvres étaient du violet suave et pur de la caïmite, et ses joues avaient le velouté d'une pêche succulente" (p. 16). Abreuvée d'humiliations et de violences par son mari, la pauve femme se verra acculée au suicie. Dans sa préface au roman, Luc Valcin résume la doctrine des Griots :

En Haïti les inégalités forment un problème mixte à caratère économique et anthropo-bilogiue. (...) il tend à se poser ainsi : le mulâtre est l'exploiteur qui, reniant ses origines ethniques et raciales, a remplacé le colon français, pour développer en face du noir un complexe de supériorité. Les mulâtres forment donc la bourgeoisie sociale du Pays (p. 5).

 

Arrivé au pouvoir, François Duvalier organisa une milice personnelle, les Volontaires de la Sécurité Nationale, dont les gradés appartenaient en majorité à la petite bourgeoisie noire et les hommes de troupe à la pègre. Il neutralisa rapidement toutes les institutions qui auraient pu risquer de s'opposer à son pouvoir personnel : l'armée, la presse, les syndicats, l'Université, la magistrature, le clergé ("nationalisé" au grand dam du Vatican qui après avoir excomunié Duvalier, dut se résoudre à signer avec lui un nouveau concordat), etc. Profitant de ses connaissances en matière de vaudou, Duvalier se fit passer pour un grand initié, et s'assura le concours des Houngans qui lui servirent de réseau de surveillance des populations pauvres et rurales. Il n'hésita jamais à envoyer ses V.S.N (surnommés bientôt par la population tonton macoutes, c'est - à-dire "croquemitaines") terroriser ses ennemis, et tout particulièrement les Mulâtres; dans la ville de Jérémie, plus d'une centaine de membres de plusieurs familles mulâtres furent sauvagement assassinés, vieillards et enfants compris, lors des "Vêpres jérémiennes" en 1964.

 

 





 

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