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Justin
Lhérisson (1837 - 1907)
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Née à Port-au-Prince, il enseigna l'histoire
d'Haïti et la géographie au Lycée Pétion.
Il fonda et dirigea un important quotidien, Le Soir,
et devint fameux pour ses articles à double entendre,
qui critiquaient subtitelement le gouvernement. Il publia
deux recueils de poèmes Parnassiens sans grande
originalité, composa les paroles adoptées
en 1903 pour la Dessalinienne, hymne nationale
d'Haïti, et mourut à trente-quatre ans, alors
qu'il composait une suite à Zoune chez sa ninaine.
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| La
trame de la Famille des Pitite-Caille (titre qi
fait sourire en Haïti par le mélange du français
et du créole) : pitit-Kay veut dire "familier
de la maison" ou "gars de chez nous") est
simple : un homme du peuple, Eliézer Pitite-Caille
s'enrichit grâce à l'industrie de sa femme
Velléda, renommée tireuse de cartes et préparatrice
de philtres que même les dames de la haute société
consultent en cachette. Les Pitite-Caille vont habiter les
beaux quartiers et envoient leurs enfants faire des études
en France. Le malheur s'abat sur eux lorsqu'Eliezer se met
en tête de se présenter à la dépputation.
Il devient la dupe de Boutenègre, agent électoral
qui exploite son ambition pour lui soutirer des sommes importantes.
Sa popularité ayant l inquiété le pouvoir,
Pitite-Caille est arrêté, brutalisé,
et retenu en prison jusqu'après les élections.
Il rentre chez lui prématurément vieilli par
les mauvais traitements, et jure de renoncer à la
politique. Mais, faussement dénoncé, il est
à nouveau arrêté et maltraité,
et n'est relâché que pour mourir d'apoplexie.
Le reste de sa fortune sera dilapidé par ses enfants,
et sa veuve, toutjours désirable, se résignera
à devenir l'une des cinquante concubines d'un militaire
haut gradé. |
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L'aventure de Pitite-Caille donne surtout à Lhérisson
l'occasion de traiter (pour la première fois en Haïti)
les péripéties d'une campagne électorale,
qui exigent initiation maçonnique, recrutement d'hommes
de main et gardes du corps, organisation de manifestations
"spontanées" de soutien, de banquets et
de bals offerts aux électeurs. Le tout est ponctué
d'énormes éclats de rire mais aussi, pour
qui lit attentivement, de critiques acérées
des principes sur lesquels repose la politique haïtienne.
L'intrigue de zoune chez sa ninnaine peut se résumer
en quelques lignes : Mme Florida Boycotte, commerçante
en ville, recueille et élève sa filleule Zoune,
fille de paysans des mornes. Celle-ci grandit et devient
une belle adolescente que l'amant de Mme Boyotte, l'officier
de police Cadet Jacques, se jure de posséder. Prières,
cadeaux, menaces n'y font rien, et Zoune n'échappe
au viol que de justesse. Elle se plaint à sa marraine,
mais Cadet Jacques ayant soutenu que c'est la jeune fille
qui lui avait fait des avances, elle est mise à la
rue par sa ninnaine ("marraine" en créole).
Longues nouvelles plutôt que véritables romans,
La Famille des Pitite-Caille et Zoune chez
sa ninnaine marquent, plus que les oeuvres des autres
romanciers "nationaux", une étape importante
dans la quête de "l'haïtianité"
littéraire. D'abord, elles sont les premières
à choisir leurs protagonistes dans la toute petite
bourgoisie commerçante. Deuxièmement, La
Famille des Pitite-Caille décrit pour la première
fois non seulement les moeurs électorales, mais toute
une série de traditions haïtiennes, comme par
exemple le voeu fait aux esprits vaudou d'offrir, en remerciement
d'une grâce, un bon repas (en créole tchiam-pan)
aux détenus de la prison centrale. Lhérisson
profite d'ailleurs de l'occasion pour décrire sans
complaisance les conditions effroyables et les abus auxquels
sont soumis les forçats. Depuis La Famille des
Pitite-Caille de très nombreux écrivains
ont eux aussi dénoncés les horreurs du régime
carcéral de leur pays. Troisièment, dans les
premières pages de Zoune chez sa ninnaine,
la vie paysanne est pour la première fois décrite
telle qu'elle est en réalité : harrassante,
brutale, plontée dans la méfiance, l'ignorance
et la superstition. Nous sommes loin de Marcellin et de
ses joyeux cultivateurs à la George Sand. Certes,
la gouaillle de l'Hérisson affuble les parents de
Zoune de noms ridicules: Maréchal Ticoq à
son père grand coureur de jupons, et Sor Poum (Madame
Prout) à sa mère affligée de flatulence
chronique, mais cela ne l'empêche pas de dénoncer
: "la grande et criminelle injustice dont ces frères
des champs sont les tristes victimes : tout pour les gens
de la ville rien pour les gens en debors (paysans en créole);
tout pour ces citadins moqueurs et feignants et rien pour
"mains noires qui nous donnent le pain blanc".
(p. 32)
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