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POMPEE VALENTIN, BARON DE VASTEY (1745-1820)

   
 
Née au Cap-Français en 1745, il appartenait à la classe des libres, mais on ignore s'il était né libre ou s'il avait été émancipé avant la révolte. Beau-frère, semble t-il, du général Alexandre Dumas (père de l'auteur des Trois Mousquetaires), il servit Dessalines comme chef des bureaux de son Secrétaire d'Etat aux Finances. A la mort de l'empereur il fut, bien que mulâtre, nommé secrétaire particulier et tuteur des enfants d'Henry-Christophe, puis fait baron de Vastey et membre du Conseil privé lorsque son maître monta sur le trône. Il disparut en 1820, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, probablement abattu par ses ennemis ) la mort du souverain.
 
Dans ses Réflexions sur une lettre de Mazères sur (...) les Noirs et les Blancs (...) (1816), Vastey s'excuse de sa formation défecteuse :

"Il n'est point inutile que je prévienne mes lecteurs que je n'ai jamais fait une étude particulière de la langue française, ils excuseront les fautes d'élocution et de littérature qui doivent nécessairement fourmiller dans les ouvrages d'un insulaire, qui n'a jamais eu d'autres maîtres que ses livres, d'autres stimulants que la haine des tyrans (p. 45)

Mais ses oeuvres soutiennent aisément la comparaison avec celles de ses contemporains français qui avaient, eux, fait des études solides, et il s'élève parfois à une indéniable éloquence. Comme l'indique leur titre, la plupart de ses ouvrages s'attachent à réfuter les préjugés des Blancs, les mensonges des nostalgiques de la colonie sur la manière dont les esclaves domingois avaient été traîtés, et la façon dont ils se gouvernaient depuis qu'ils étaient devenus citoyens haïtiens. Dans ses Réflexions sur une lettre de Mazères... Vastey ridiculise les préjugés des Blancs en matière d'esthétique, et revendique la beauté noire: "Les ex-colons disent que nous sommes inférieur aux blancs, parce que nous avons, suivant eux, des traits moins purs, la peau noire et les cheveux crépus. Je répondrais à nos détracteurs que le même préjugé règne parmi les noirs à l'égard des blancs, ils se croyent plus beaux, favorisés plus particulièrement par la nature; cette croyance se fortifie par les exemples fréquents qu'ils ont sous les yeux. Des européens arrivant sous les tropiques, brillants de force et de santé avec le teint vermeil, au bout de deux ou trois mois de résidence, tombent dans un état affreux; cette peau blanche qui faisait leur orgueil devient blême, sale, bariolée, leurs yeux blanchâtres et consternés ne peuvent soutenir les rayons du soleil, le corps décharné est sans rigueur, ses facultés physiques et morales anéanties; l'homme blanc n'est plus à leur yeux qu'un spectre ambulant, disgracié par la nature, qui ne peut même supporter l'influence du climat, ni habiter leur heureuse contrée. Chaque peuple à ses préjugés, nous trouvons la couleur noire plus belle que la blanche; nos peintres haytiens peignent la divinité, les anges en noir, les mauvais génies et les diables en blanc. Quant à la beauté, elle consiste dans de belles formes et dans la régularité des traits; et sous ce rapport, nous nous croyons aussi éminemment favorisés par les blancs...(P. 20-22).
 

Plus loin, Vastey invalide l'argument constamment invoqué par les esclavagistes, selon lequel l'esclavage, institution regrettable sans doute, n'en étais pas moin indispensable au développement des colonies tropicales : "Ecoutez ces chenapans, point d'esclavage point de colonie! la terre des Antilles ne peut être cultivée que par des nègres; ils sont déjà habitués en Afrique dans l'ardeur du soleil; eux seuls peuvent résister aux travaux de la culture, l'européen ne pourrait y tenir, il succomberait bientôt sous l'influence du climat et du travail! C'est alors qu'ils se souviennent de nos pénibles labeurs; qu'ils récapitulent la masse d'or qu'ils pouvaient extraire de notre sang, pendant les dix années de vie et de tortures qui étaient le terme supposé de notre existence; notre genre de vie, trois heures de sommeil dans les vingt-quatre heures, pour habillement quelques haillons, pour nourriture quelques racines cultivées sur le terrain le plus ingrat de l'habitation, dans nos heures de repos; tout bien récapitulé, les colons supputent ensuite ce que le travail d'un blanc pourrait leur rendre, le pécule qu'il faudrait lui donner, les heures de repos, les vêtements, une nourriture plus saine et abondante; et ce qui est bine plus cruel pour un colon, c'est d'être obligé de traiter le blanc avec un peu plus d'humanité que le nègre, de ne pouvoir le torturer suivant ses caprices; tout bien compté et mûrement réfléchi, il leur faut des nègres, des esclaves; pour en avoir, il n'est point de calomnies, de subterfuges et de mensonges que ces odieux brigands n'inventent pour obscurcir la vérité, afin de perpétuer leur abominable système colonial (p. 30-31)

Il montre ensuite que l'intérêt économique est le soubassement sur lequel repose le préjugé de la couleur et le racisme (Vastey n'emploie pas ce terme; qui date du vingtième siècle). A la mode du temps, son plaidoyer enflammé débouche sur une invocation pathétique à la divinité: " l'orgueil, les préjugés, l'avarice des planteurs, avaient fait de l'homme noir, une espèce particulière et distincte de l'homme blanc; notre race avilie et dégradée par eux, fut assimilée au rang de l'orang outang: tout en faisant l'épreuve de nos forces, en nous écrasant de travaux forcés, ils soutenaient, par un raisonnement sophistique et absurbe, que nous leur étions inférieurs en facultés physiques et morales, et sur cette prétendue infériorité, s'arrogèrent le droit barbare de nous réduire dans un perpétuel esclavage, et de nous traiter comme les plus vils animaux. Quel évènement plus glorieux, plus digne de fixer l'attention du monde, que celui qui a renversé par des faits et des exemples vivants, tout l'échafaudage du crime et du mensonge élevé par eux depuis des siècles contre l''espèce humaine! Grand Dieu! que tes oeuvres sont grandes! C'est au sein d'un troupeau d'esclaves, que la toute puissance forma les éléments nécessaires pour venger tes divines lois! Tu soufflas dans nos coeurs le feu divin de la liberté; soudain nos chaînes furent brisées, nos oppresseurs disparurent de notre sol, et leurs préjugés et leur orgueil furent confondus pour jamais! Ex-colons, êtres superbes et orgueilleux, reconnaissez donc dans ce qui se passe à Hayti, la main divine et toute puissante qui vous chatie ! (p.86-87).

 

 
Vastey exalte l'épopée l'héroïque du peuple haïtien; il est parmi les premiers à considérer l'existence d'Haïti comme un démenti apporté aux diffamateurs du peuple noir: "peuple infortuné qui a gémi pendant plus de 150 ans dans le plus barbare esclavage, qui est parvenu par sa constance, sa valeur et son courage, à conquérir sa liberté et son indépendance. Quel sujet plus sublime, plus vaste, plus fécond, plus digne d'occuper la plume d'un patriote!...Parcourez l'histoire du genre humain, jamais vit-on un pareil prodige dans le monde ? que les ennemis semblable à la nôtre, et qui ait fait de plus grandes choses que nous dans moins d'un quart de siècle...(p.85).

Dans ses Notes à M. Le Baron de V. P. Maouet..., Vastey ne craint pas de mettre en parallèle les révolutions française et haïtienne. La première a dégénéré en Terreur, puis, sous Napoléon, en agressions impéralistes, la seconde à débouché sur une victoire dans la lutte contre les préjugés racistes : "La révolution a produit les mêmes effets chez nous que chez vous; mais à sens inverse; la révolution vous a portés à commettre tous les crimes: elle vous a enseigné à violer tout ce qu'il y a de saint et de sacré parmi les hommes; elle vous a inspiré l'audace de porter vos pas dans les régions les plus éloignées; elle vous a fait commettre des injustices dont vos ancêtres n'avaient pas même conçu l'idée."

La révolution nous a rendu à la liberté, à la première dignité de l'homme; elle nous a éclairés, épuré nos moeurs, développé nos facultés intellectuelles; c'est elle enfin qui, dans les combats, a fait disparaître la prétendue supériorité de votre espèce; la révolution nous a élevés et placés au rang des nations civilisées, au lieu qu'elle vous a avilis et dégradés en vous faisant descendre au rand des peuples les plus barbares (P.22).
 
Tant qu'Haïti se trouva divisée en deux pays ennemis, les hommes de lettres, par conviction, par intérêt ou par prudence, mirent leur plume au service du gouvernement qui se trouvait être le leur. Au Cap-Haïtien (à l'époque Cap-Henry), Vastey, composa par exemple en 1819 un long Essai sur les causes de la révolution et des guerres civiles d'Hayti pour en innocenter son maître et en faire porter la responsabilité à Pétion et Boyer.




 

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