embleme d'Haiti
drapeau haitien
Accueil Forum Annuaires Petites annonces Rencontres Contact
CULTURE HAITIENNE
HISTOIRE D'HAITI
SOCIETE HAITIENNE
PERSONNALITES HAITIENNES
ESPACE BEAUTE
CUISINE
Newsletter
Pour recevoir notre lettre d'information, veuillez saisir votre email :

 
DirectivePub Affiliation

Carl Brouard (1902-1965)

   


Carl Brouard est un des "poètes -bohêmes" restés célèbres à Port-au-Prince par leur abus des boissons fortes et leur attirance pour les mauvais lieux. Mais ce n'est bien entendu pas pour son non-conformisme que ce fils de bourgeois restera dans les lettres de son pays.


Elevé dans les traditions catholiques et puritaines qui étaient à l'époque celles de l'aristocratie, Brouard se révolta dès l'adolescence contre son milieu. Sa curiosité et sa soif de connaissances le poussèrent à puiser largement dans la bibliothèque paternelle, y compris dans le rayon des livres que l'on cache généralement à la jeunesse.

Carl Brouard photo
Ses parents partis pour la France alors qu'il avait dix-sept ans, le jeune homme s'émancipe; petit, fluet, se croyant disgracieux, il se rabat sur les amours vénales : la débauche, les prostituées de bas étage, les troquets mal famés, les houmfors de quartiers pauvres, les épaves et les vaincus figureront dans les nombres de ses poèmes. Ce qui ne l'empêche pas de rêver à la pureté réligieuse ou à des amours éthérées et chastes: son premier recueil de poèmes aura pour titre : Ecrit sur du ruban rose. A vingt ans il part rejoindre ses parents à Paris. Pendant les six mois qu'il y passe, il s'enthousiasme pour Baudelaire, multiplie les amours vénales, s'intéresse à la théosophie, s'initie au yoga. De retour au pays, il suit les conférences de Jean-Price Mars et se lie avec Jacques Roumain.
Carl Brouard, qui aura une influence considérable tant du point de vue idéologique qu'esthétique, est révélé par la Revue indigène. Il apporte à la poésie haïtienne un populisme d'une violence volontairement inquiétante ; c'est dans le deuxième numéro de la revue que paraît son célèbre Vous:

Vous
les gueux
Les immondes
Les puants
Paysannes qui descendez des mornes avec un gosse dans le ventre
Paysans calleux aux pieds sillonés de vermines, putains
Infirmes qui trainez vos puanteurs lourdes de mouches
Vous
Tous de la pièce
Debout
pour le grand coup de balais
vous êtes les pilliers de l'édifice
Otez-vous
Et tout s'écoule, châteaux de cartes.
Alors, alors
Vous comprendrez que vous êtes une grande vague qui s'ignore
Oh! vague
Assemblez-vous
bouillonez
mugissez
et que sous votre linceul d'écumes
il ne subiste plus rien,
rien
et que sous votre linceul d'écumes
Il ne subisse plus rien,
rien
que du bien propre
du bien lavé
du blanchi jusqu'aux os (p.72)

Brourd sera également le premier à s'inspirer du vaudou ("notre seul originalité", affirmait-il), non pas comme source de pittoresque, mais comme expression authentique de la spécificité haïtienne. La profession de foi qu'il place en exergue à son poème Le tam-tam angoissé est plus éloquente que bien des manifestes : "Il est ridicule de jouer de la flûte dans un pays où l'instrument national est la puissant assôtor" (P.70). Bientôt, Brouard se séparera de Roumain et de ses amis, dont le maxisme lui semble trop théorique et salonard. C'est plutôt au nationalisme à outrance et au noirisme aggressif des François Duvalier, René Piquion et Hénock Trouillot qu'il se rallie. Il collabore à leur journal, Les Griots, plaide avec eux pour un populisme marqué en l'occurence d'une forte composante démagogique, se montre de plus en plus obsédé par le vaudou, l'érotisme de bas étage et la boisson. Puis, vers 1942, un revirement complet se produit en Brouard. Il semble avoir fait la paix avec la patrie européenne de son ascendance :

Tout cet africanisme m'ennuie, écrit-il en 1942, je peux aussi bien chanter mes ancêtres blancs. Reverrai-je jamais le ciel léger du pays de Valois, les étangs de Ville d'Avray chers à Corot? (cité par R. Gaillard, La Destinée de Carl Brouard, p. 44)

Tout se passe comme si Jacques Roumain, Philippe Thoby-Marcelin, Emile Roumer, Antonio Vieux et les autres fondateurs de la Revue indigène, à l'exception de Carl Brourd, n'avaient que présenti l'émergence d'une nouvelle littérature haïtienne dont ils allaient pourtant être, quelques années plus tard, les principaux artisans. Peut-être fallait-il que la revue disparaisse et que le groupe de ses fondateurs éclate pour qu'ils puissent trouver leur voie? Reste que, dès le premier numéro, la direction fut assez perspicace pour publier en pré-originale "Moeurs locales et survivances africaines", chapitre fondamental d'Ainsi parla l'Oncle, l'ouvrage le plus important de celui qui allait être le maître à penser de la jeune génération, le docteur Jean Price-Mars.

Bibliographie :

Littérature pour la jeunesse:
Les aventures de Malice et de Bouqui. Illustrations de Robert Bigaud (Djoby). Port-au-Prince: Editions Christophe, 2000, 30p.

Poésie:
Écrit sur du Ruban rose. Port-au-Prince: à compte d'auteur, 1927.
Pages retrouvées; œuvres en prose et en vers. Groupées par les soins du Comité soixantiéme anniversaire de Carl Brouard. Port-au-Prince: Éditions Panorama, 1963, 182 p.
Anthologie secrète. Montréal: Mémoire d'encrier, 2004.