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Carl Brouard est un des "poètes -bohêmes"
restés célèbres à Port-au-Prince
par leur abus des boissons fortes et leur attirance pour
les mauvais lieux. Mais ce n'est bien entendu pas pour
son non-conformisme que ce fils de bourgeois restera dans
les lettres de son pays.
Elevé dans les traditions catholiques et puritaines
qui étaient à l'époque celles de
l'aristocratie, Brouard se révolta dès l'adolescence
contre son milieu. Sa curiosité et sa soif de connaissances
le poussèrent à puiser largement dans la
bibliothèque paternelle, y compris dans le rayon
des livres que l'on cache généralement à
la jeunesse.
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Ses
parents partis pour la France alors qu'il avait dix-sept
ans, le jeune homme s'émancipe; petit, fluet, se
croyant disgracieux, il se rabat sur les amours vénales
: la débauche, les prostituées de bas étage,
les troquets mal famés, les houmfors de
quartiers pauvres, les épaves et les vaincus figureront
dans les nombres de ses poèmes. Ce qui ne l'empêche
pas de rêver à la pureté réligieuse
ou à des amours éthérées et
chastes: son premier recueil de poèmes aura pour
titre : Ecrit sur du ruban rose. A vingt ans il
part rejoindre ses parents à Paris. Pendant les six
mois qu'il y passe, il s'enthousiasme pour Baudelaire, multiplie
les amours vénales, s'intéresse à la
théosophie, s'initie au yoga. De retour au pays,
il suit les conférences de Jean-Price Mars
et se lie avec Jacques Roumain. |
Carl Brouard, qui
aura une influence considérable tant du point de vue
idéologique qu'esthétique, est révélé
par la Revue indigène. Il apporte à la poésie
haïtienne un populisme d'une violence volontairement
inquiétante ; c'est dans le deuxième numéro
de la revue que paraît son célèbre Vous:
Vous
les gueux
Les immondes
Les puants
Paysannes qui descendez des mornes avec un gosse dans le ventre
Paysans calleux aux pieds sillonés de vermines, putains
Infirmes qui trainez vos puanteurs lourdes de mouches
Vous
Tous de la pièce
Debout
pour le grand coup de balais
vous êtes les pilliers de l'édifice
Otez-vous
Et tout s'écoule, châteaux de cartes.
Alors, alors
Vous comprendrez que vous êtes une grande vague qui
s'ignore
Oh! vague
Assemblez-vous
bouillonez
mugissez
et que sous votre linceul d'écumes
il ne subiste plus rien,
rien
et que sous votre linceul d'écumes
Il ne subisse plus rien,
rien
que du bien propre
du bien lavé
du blanchi jusqu'aux os (p.72) |
Brourd sera également le premier à s'inspirer
du vaudou ("notre seul originalité",
affirmait-il), non pas comme source de pittoresque, mais
comme expression authentique de la spécificité
haïtienne. La profession de foi qu'il place en exergue
à son poème Le tam-tam angoissé est
plus éloquente que bien des manifestes : "Il
est ridicule de jouer de la flûte dans un pays où
l'instrument national est la puissant assôtor"
(P.70). Bientôt, Brouard se séparera de Roumain
et de ses amis, dont le maxisme lui semble trop théorique
et salonard. C'est plutôt au nationalisme à
outrance et au noirisme aggressif des François
Duvalier, René Piquion
et Hénock Trouillot qu'il se rallie.
Il collabore à leur journal, Les Griots, plaide
avec eux pour un populisme marqué en l'occurence
d'une forte composante démagogique, se montre de
plus en plus obsédé par le vaudou, l'érotisme
de bas étage et la boisson. Puis, vers 1942, un
revirement complet se produit en Brouard. Il semble avoir
fait la paix avec la patrie européenne de son ascendance
:
Tout cet africanisme m'ennuie, écrit-il en
1942, je peux aussi bien chanter mes ancêtres blancs.
Reverrai-je jamais le ciel léger du pays de Valois,
les étangs de Ville d'Avray chers à Corot?
(cité par R. Gaillard, La Destinée de Carl
Brouard, p. 44)
Tout se passe comme si Jacques Roumain,
Philippe Thoby-Marcelin, Emile
Roumer, Antonio Vieux et les
autres fondateurs de la Revue indigène,
à l'exception de Carl Brourd, n'avaient
que présenti l'émergence d'une nouvelle
littérature haïtienne dont ils allaient pourtant
être, quelques années plus tard, les principaux
artisans. Peut-être fallait-il que la revue disparaisse
et que le groupe de ses fondateurs éclate pour
qu'ils puissent trouver leur voie? Reste que, dès
le premier numéro, la direction fut assez perspicace
pour publier en pré-originale "Moeurs locales
et survivances africaines", chapitre fondamental
d'Ainsi parla l'Oncle, l'ouvrage le plus important
de celui qui allait être le maître à
penser de la jeune génération, le docteur
Jean Price-Mars.
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Bibliographie
: Littérature pour la jeunesse:
Les aventures de Malice et de Bouqui. Illustrations de Robert
Bigaud (Djoby). Port-au-Prince: Editions Christophe, 2000,
30p. Poésie: Écrit
sur du Ruban rose. Port-au-Prince: à compte d'auteur,
1927.
Pages retrouvées; œuvres en prose et en vers.
Groupées par les soins du Comité soixantiéme
anniversaire de Carl Brouard. Port-au-Prince: Éditions
Panorama, 1963, 182 p.
Anthologie secrète. Montréal: Mémoire
d'encrier, 2004. |
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