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Ignace Nau (1808-1845)

   
 

Né comme son frère à Port-au-Prince, Ignace Nau fut fonctionnaire au ministère des Finances, et directeur de journaux. A la mort de sa femme il partit pour la France, où il contribua à La revue des colonies, organe des anti-esclavagistes de France et des Antilles. Il revint en Haïti et y mourut, certains disent de chagrin, à trente-trois ans.

C'est dans le roman, ou plus exactement dans la nouvelle qu'Ignace Nau, le premier Haïtien à avoir publié des oeuvres d'imagination en prose, appliqua les idées de son frère Emile. On connaît de lui trois nouvelles, datant toutes de 1836 : Un épisode de la Révolution, est à la fois une sorte de court roman historique et un conte fantastique où un Loup garou menace l'enfant de l'héroïne, femme d'un lieutenant dans l'armée indigène.

 

 
Le Lambi, met en scène la figure historique du sorcier africain Halaou, redoutable chef de bande pendant la lutte pour l'indépendance. Là aussi, Ignace Nau insiste sur les croyances et les superstitions populaires. Quant à Isalina, ou une scène créole, c'est l'histoire de deux hommes qui font appel des Houngans ou prêtres vaudou pour gagner l'amour du personnage éponyme. Le préféré de la jeune fille, aidé par un bon houngan tromphe du prétendant envieux et de son méchant sorcier. Dès 1815, Liautaud Ethéart, l'un des premiers critiques littéraires haïtiens, a très bien souligné dans ses Miscellanées l'originalité et l'intérêt d'Ignace Nau : " Il ne s'adresse pas à l'étranger. Ses inspirations, c'est à la nature, à la riche nature qui se développe devant lui, qu'il les demande; Les superstitions haïtiennes sont caractérisées par lui dans de petits chefs-d'oeuvre inimitables qu'il appelle contes. C'est en français qu'il recourir au dictionnaire d'ignace Nau, un dictionnaire composé tout exprès pour l'intelligence de ses narrations...il appelle chaque chose par son nom: nos magiciens se nomment caplatas; pour exprimer une misérable petite maison, ... il vous dira tout simplement counouque. On dirait une autre langue. (P. 110)

Ignace Nau met en oeuvre trois principes importants qui allaient être proclamés près d'un siècle après lui. Premièrement, il a puisé dans l'histoire d'Haïti, la faisant mieux connaître aux lecteurs haïtiens et la leur présentant comme digne de respect et d'admiration. Deuxièmement, il a eu l'audace de situer l'action non pas dans les villes mais dans la campagne haïtienne, et de prendre pour protagonistes non pas des bourgeois mais des "superstition" ou " croyances populaires"). Troisièmement, il a mis le bonnet rouge au intérêt évident, ses nouvelles nont jamais paru en volumes, et ne semblent pas avoir pas lues que les Indigénistes et leurs successeurs, n'ont pas reconnu Ignace Nau comme précurseur. Aujourd'hui encore; rares sont les haïtiens à connaître ses nouvelles autrement que par les résumés qu'en donnant les auteurs de manuels scolaires;
 

On connaît mieux ses poèmes, qui figurent dans la plupart des anthologies, et qui ne se distinguent par contre guère de ceux des autres épigones de Lamartine. Dans "Le lac", publié par La Revue des colonies (Paris) de novembre 1836, la bien-aimée du poète, à l'instant d'Elvire: ...

Fut s'accorder sur l'ange d'un rocher,
Et baissant tristement les yeux vers le rivage,
Porta son mouchoir blanc à son pâle visage...
Puis, joignant ses deux mains : " O lac, vous êtes beau comme le pur souris de l'enfance au berceau, vous êtes couronné de fleurs et de verdure,
Et la plage toujours où votre flot murmure,
Reverdira pour vous de mousse et de gazon..."(P.205)

Sans doute était-il plus facile d'innover en prose; Nau savait certainement que, d'après Boileau:
Dans un roman frivole, aisément tout s'excuse,
C'est assez qu'en courant la fiction amuse.

Il a en tout cas montré la voie à deux romanciers du dix-neuvième siècle qui se sont inspirés des guerres de l'Indépendance: Emeric Bergeaud dans Stella (1859) et Amédée Brun avec Deux amours (1895). Stella ne constitue guère qu'une version à peine romancée des évènements, mais les rapports des deux personnages principaux, Romulus et Rémus (calqués sur le Noir Toussaint Louverture et son ennemi Mulâtre André Rigaud) permettent à Bergeaud de prêcher contre le préjugé de couleur. Deux amours est intéressant dans la mesure où l'on y trouve un Noir et un Blanc, l'esclave Jean-Louis et le Français Henry Lermant (qui s'est joint aux révoltés), rivaliser pour l'amour de la belle Créole Danielle de Chamay. Lermant est tué au combat, et Jean-Louis et Danielle iront dans les mornes travailler au bien-être des nouveaux libres. Paru soixante ans après les nouvelles d'Ignace Nau, Deux amours fit scandale, et l'article consacré à Amédée Brun par Emile Marcelin dans Médaillons littéraires (1960) montre à quel point les préjugés des partisans de l'assimilation littéraire à la France étaient tenaces, et Ignace Nau un visionnaire: Lorsque parut l'idyllique Deux amours..dans lequel il chante la verdure de nos campagnes, la beauté physique du noir au torse d'ébène, la chaude coloration du teint de la créole, un immense cri fut poussé...Avec l'élan d'une Erinye, cette foule, ennemie née de toute "esthétique nouvelle", immola son art au seuil même de sa jeune gloire (P.20)

 

On peut remarquer que deux autres des neuf romans haïtiens du dix-neuvième siècle prennent pour thème l'histoire d'Haïti. Il s'agit de Le vieux Piquet (1884), de Louis Joseph Janvier, évocation de la révolte des paysans "piquet" contre le gouvernement du président Hérard en 1844, et La Dernière Etape (1900), de Ducis Viard, publié en feuilletons dans Le Soir, qui raconte le renversement du président Salnave par la révolution de 1869.

 

 

 
 

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