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Né comme son frère à Port-au-Prince,
Ignace Nau fut fonctionnaire au ministère des Finances,
et directeur de journaux. A la mort de sa femme il partit
pour la France, où il contribua à La
revue des colonies, organe des anti-esclavagistes
de France et des Antilles. Il revint en Haïti et
y mourut, certains disent de chagrin, à trente-trois
ans.
C'est dans le roman, ou plus exactement dans la nouvelle
qu'Ignace Nau, le premier Haïtien à avoir
publié des oeuvres d'imagination en prose, appliqua
les idées de son frère Emile. On connaît
de lui trois nouvelles, datant toutes de 1836 : Un
épisode de la Révolution, est à
la fois une sorte de court roman historique et un conte
fantastique où un Loup garou menace l'enfant
de l'héroïne, femme d'un lieutenant dans l'armée
indigène.
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Le
Lambi, met en scène la figure historique du
sorcier africain Halaou, redoutable chef de bande pendant
la lutte pour l'indépendance. Là aussi, Ignace
Nau insiste sur les croyances et les superstitions populaires.
Quant à Isalina, ou une scène créole,
c'est l'histoire de deux hommes qui font appel des Houngans
ou prêtres vaudou pour gagner l'amour du personnage
éponyme. Le préféré de la jeune
fille, aidé par un bon houngan tromphe du
prétendant envieux et de son méchant sorcier.
Dès 1815, Liautaud Ethéart, l'un des premiers
critiques littéraires haïtiens, a très
bien souligné dans ses Miscellanées
l'originalité et l'intérêt d'Ignace
Nau : " Il ne s'adresse pas à l'étranger.
Ses inspirations, c'est à la nature, à la
riche nature qui se développe devant lui, qu'il les
demande; Les superstitions haïtiennes sont caractérisées
par lui dans de petits chefs-d'oeuvre inimitables qu'il
appelle contes. C'est en français qu'il recourir
au dictionnaire d'ignace Nau, un dictionnaire composé
tout exprès pour l'intelligence de ses narrations...il
appelle chaque chose par son nom: nos magiciens se nomment
caplatas; pour exprimer une misérable petite maison,
... il vous dira tout simplement counouque. On dirait une
autre langue. (P. 110)
Ignace Nau met en oeuvre trois principes importants
qui allaient être proclamés près d'un
siècle après lui. Premièrement, il
a puisé dans l'histoire d'Haïti, la faisant
mieux connaître aux lecteurs haïtiens et la leur
présentant comme digne de respect et d'admiration.
Deuxièmement, il a eu l'audace de situer l'action
non pas dans les villes mais dans la campagne haïtienne,
et de prendre pour protagonistes non pas des bourgeois mais
des "superstition" ou " croyances populaires").
Troisièmement, il a mis le bonnet rouge au intérêt
évident, ses nouvelles nont jamais paru en volumes,
et ne semblent pas avoir pas lues que les Indigénistes
et leurs successeurs, n'ont pas reconnu Ignace Nau comme
précurseur. Aujourd'hui encore; rares sont les haïtiens
à connaître ses nouvelles autrement que par
les résumés qu'en donnant les auteurs de manuels
scolaires; |
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On connaît mieux ses poèmes, qui figurent
dans la plupart des anthologies, et qui ne se distinguent
par contre guère de ceux des autres épigones
de Lamartine. Dans "Le lac", publié par
La Revue des colonies (Paris) de novembre 1836,
la bien-aimée du poète, à l'instant
d'Elvire: ...
Fut s'accorder sur l'ange d'un rocher,
Et baissant tristement les yeux vers le rivage,
Porta son mouchoir blanc à son pâle visage...
Puis, joignant ses deux mains : " O lac, vous êtes
beau comme le pur souris de l'enfance au berceau, vous
êtes couronné de fleurs et de verdure,
Et la plage toujours où votre flot murmure,
Reverdira pour vous de mousse et de gazon..."(P.205)
Sans doute était-il plus facile d'innover
en prose; Nau savait certainement que, d'après
Boileau:
Dans un roman frivole, aisément tout s'excuse,
C'est assez qu'en courant la fiction amuse.
Il a en tout cas montré la voie à deux
romanciers du dix-neuvième siècle qui se
sont inspirés des guerres de l'Indépendance:
Emeric Bergeaud dans Stella (1859) et Amédée
Brun avec Deux amours (1895). Stella ne constitue
guère qu'une version à peine romancée
des évènements, mais les rapports des deux
personnages principaux, Romulus et Rémus (calqués
sur le Noir Toussaint Louverture et son ennemi Mulâtre
André Rigaud) permettent à Bergeaud de prêcher
contre le préjugé de couleur. Deux amours
est intéressant dans la mesure où l'on
y trouve un Noir et un Blanc, l'esclave Jean-Louis et
le Français Henry Lermant (qui s'est joint aux
révoltés), rivaliser pour l'amour de la
belle Créole Danielle de Chamay. Lermant est tué
au combat, et Jean-Louis et Danielle iront dans les mornes
travailler au bien-être des nouveaux libres. Paru
soixante ans après les nouvelles d'Ignace Nau,
Deux amours fit scandale, et l'article consacré
à Amédée Brun par Emile Marcelin
dans Médaillons littéraires (1960)
montre à quel point les préjugés
des partisans de l'assimilation littéraire à
la France étaient tenaces, et Ignace Nau un visionnaire:
Lorsque parut l'idyllique Deux amours..dans lequel
il chante la verdure de nos campagnes, la beauté
physique du noir au torse d'ébène, la chaude
coloration du teint de la créole, un immense cri
fut poussé...Avec l'élan d'une Erinye, cette
foule, ennemie née de toute "esthétique
nouvelle", immola son art au seuil même de
sa jeune gloire (P.20)
On peut remarquer que deux autres des neuf romans haïtiens
du dix-neuvième siècle prennent pour thème
l'histoire d'Haïti. Il s'agit de Le vieux Piquet
(1884), de Louis Joseph Janvier, évocation
de la révolte des paysans "piquet" contre
le gouvernement du président Hérard en 1844,
et La Dernière Etape (1900), de Ducis Viard,
publié en feuilletons dans Le Soir, qui raconte
le renversement du président Salnave par la révolution
de 1869.
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