embleme d'Haiti
drapeau haitien
Accueil Forum Annuaires Petites annonces Rencontres Contact
CULTURE HAITIENNE
HISTOIRE D'HAITI
SOCIETE HAITIENNE
PERSONNALITES HAITIENNES
ESPACE BEAUTE
CUISINE
Newsletter
Pour recevoir notre lettre d'information, veuillez saisir votre email :

 
DirectivePub Affiliation

Jean-Price MARS (1876-1969)

   
 
Ethnologue, historien, diplomate, homme politique, Jean Price-Mars exerça à partir des années trente une influence capitale sur l'idéologie collective et, par conséquent, sur la littérature d'Haïti. L'importance de sa pensée et de ses écrits a été reconnue dans le monde entier. Délégué de son pays au Premier Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs à Paris, il fut élu en 1956 président de la Société Africaine de Culture, fondée à cette occasion; il présida également à Rome le Deuxième Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs trois ans plus tard.
 
A l'occasion de son quatre-vintième anniverssaire, ses disciples, amis et admirateurs de tous les pays lui consacrèrent un volume de Témoignages sur la vie et l'oeuvre du Dr. Jean Price Mars (Port-au-Prince, 1956); dans son "Hommage à l'Oncle", Léopold Sédar Senghor le reconnaît comme un précurseur, sinon comme le fondateur du mouvement de la négritude :

"me montrant les trésors de la Négritude qu'il avait découverts sur et dans la terre haïtienne, il m'apprenait à découvrir les mêmes valeurs mais vierges et plus fortes, sur et dans la terre d'Afrique. Aujourd'hui, tous les ethnologues et écrivains nègres d'expression française doivent beaucoup à Jean-Price Mars...Singulièrement les écrivains. D'abord les Haïtiens, Roumain, Depestre et les autres, mais aussi les Antillais et les Africains : un Damas, un Césaire, un NIger, un Birago Diop, et surtout moi-même. Par quoi, le 15 octobre 1956 sera le quatre-vingtième anniversaire de la Négritude"
 

Jean-Price-Mars est né en 1876 dans une famille de notables de la petite ville de Grande Rivière du Nord, d'un père protestant (ancien député) et d'une mère catholique; pendant son enfance, le futur défenseur du vaudou fréquente aussi bien le temple que la chapelle. Il entreprend des études de médecine; son cousin, le président Tirésias Simon Sam lui accorde en 1896 une bourse qui lui permet de les poursuivre à Paris, où il s'interresse également à l'anthropologie et aux sciences sociales et politiques. Avant d'avoir pu obtenir son diplôme, il est renvoyé à Berlin comme secrétaire d'Ambassade. Il rentre au pays en 1903 pour se faire élire député de sa ville natale trois ans plus tard. A l'échéance de son mandat, on l'envoie à Washington comme secrétaire à la légation. Il est ensuite mis à la tête de la Direction Générale de l'Instruction publique. Ministre Plénipotentiaire à Paris depuis 1915, il rentre à Port-au-Prince en 1917, et y prononce une série de conférences publiques qui forment la matière de son premier ouvrage, La Vocation de l'élite (Port-au-Prince, 1919). Il enseigne l'histoire et la géographie, obtient son doctorat en médecine, et continue à prononcer des conférences de plus en plus courues, publiées plus tard dans deux ouvrages importants : Ainsi parla l'Oncle (Paris, 1928) et Une étape de l'évolution haïtienne (Port-au-Prince, 1929). L'année suivante, il est envoyé au Sénat où, après une candidature malheureuse à la Présidence, il siège jusqu'en 1935. Son troisième livre Formation ethnique, folklore et culture du peuple haïtien paraît à Port-au-Prince en 1939.Candidat de l'opposition aux élections présidentielles de 1941, il doit s'incliner devant Elie Lescot, le protégé du président sortant. Il fonde avec Jacques Roumain l'Institut d'Ethologie, et prend la direction de la prestigieuse Revue de la Société haïtienne et de la géographie (Port-au-Prince) dont il était l'un des principaux collaborateurs depuis 1932. Lescot renversé en 1946, son successeur Dumarsais Estimé confie à Price-Mars les portefeuilles des Relations extérieures, et des Cultes, et de l'Education nationale, avant de le nommer Ambassadeur, en République dominicaine d'abord, à l'ONU ensuite. Estimé est renversé à son tour en 1950, et le nouveau président, Paul Magloire, maintient Price-Mars dans ses fonctions jusqu'en janvier 1956, où il le nommre Recteur de l'Université d'Haïti. Arrivé au pouvoir en 1957, François Duvalier choisit Price-Mars comme ambassadeur à Paris. Rappelé et admis à prendre sa retraite en 1960, Jean Price-Mars meur à Pétionville (Faubourg résidentiel de Port-au-Prince) en 1969 à l'âge de quatre-vingt-treize ans.

L'idéologie qui se trouve à travers toute l'oeuvre de Price-Mars (et surtout dans ses premiers livres), repose sur plusieurs idées maîtresses. A une époque où les Haïtiens, humiliés par l'occupation américaine, souffraient d'un complexe collectif de culpabilité il importait de leur rendre confiance en eux -mêmes et en l'avenir du pays; Price-Mars prendra exemple sur l'abbé Grégoire qui, pour combattre les arguments de ceux qui postulaient l'infériorité des Noirs, rappelait dans De la littérature des nègres (1808) les noms des Africains qui avaient contribué au trésor culturel de l'humanité, depuis Anibal, l'ancêtre de Pouchkine jusqu'à la poétesse américaine Phyllis Wheatley. De même, Price-Mars célèbre tous les Haïtiens qui se sont distinguées dans les domaines des lettres, du service public ou de la pensée politique, et exhorte ses lecteurs à prendre exemple sur afin de rendre au pays sa dignité et le mettre sur la voie du progrès.

Mais en même temps qu'il glorifie ceux des Haïtiens de l'élite qui avaient fait honorer à leur patrie, il dresse un acte d'accusation contre la classe dirigeante dont ils étaient issus. Reprenant le terme inventé par le Français Jules de Gaultier, il accuse les Haïtiens de "bovarysme collectif", c'est-à-dire de vouloir s'imaginer autres qu'ils ne l'étaient, en se réclamant de la seule composante européenne de l'identité collective. Les membres des classes dirigeantes haïtiennes, prétend Price-Mars, se considèrent comme des Parisiens quelque peu basanés, et intériorisent le préjugé racial contre les Noirs. Dans Ainsi parla l'Oncle (1928), Price-Mars s'indigne de ce que, dans la première république Noire du Nouveau Monde, le mot "Africain" ait toujours été et reste :
"l'apostrophe de la plus humiliante qui puisse être adressée à un Haïtien. A la rigueur, l'homme le plus distingué de ce pays aimerait mieux qu'on lui trouve quelque ressemblance à un Esquimau, un Samoyède ou un Toungouze plutôt que de lui rappeler son ascendance guinéenne ou soudanaise (p15).

Price-Mars n'exagérait pas : un entrefilet à propos de la présence indésirables dans un quartier résidentiel de Port-au-Prince paraît dans le plus grand journal de la capitale le 6 juin 1923 sous le titre Un coin africain en plein Bois Verna

Les habitants du haut du Bois Verna signalent la réunion d'un tas de gens qui débitent aussi bien du tafia que des mots malpropres. Tout d'abord de petites chutes style africain s'érigent, pluis c'est la réunion perpétuelle de tous les désoeuvrés du quartier... Nous croyons que le nécessaire sera fait pour mettre fin à cet africanisme en plein Bois Verna...

L'inériorisation du préjugé racial se produit au niveau national comme au niveau individuel. Auguste Magloire l'avait déjà signalé en 1908 dans son Etude sur le tempérament haïtien : "l'Haïtien admet, en effet, le plus volontiers du monde, que son pays ne peur pas marcher comme ceux occupés par les peuples caucasienne. Tout le monde l'admet en Haïti, quelle que soit la différence des éducations reçues et de la situations sociale (124).

Aussi Price-Mars va t-il commencer par valoriser l'Afrique ancestrale aux yeux de ses descendants antillais, tout comme le baron de Vastey s'y était déjà employé au lendemain de l'indépendance. S'appuyant sur de nombreux récits de voyages et sur les travaux d'ethnologues contemporains, il démontre que les Africains, loin d'être des sauvages grotesques et sanguinaires, avaient créé une véritable civilisation, que leur organisation sociale et politique était digne de respect, qu'ils avaient accueilli les explorateurs européens avec confiance et générosité, et surtout que leur religion, base du vaudou haïtien, n'était pas fétichiste, comme on le prétendait pour la dénigrer, mais bien animiste.

"Les noirs d'Afrique ne rendent pas d'hommage à des objets matériels. Ils vénérèrent l'esprit qu'ils croient incarné dans certaines formes de la matière et particulièrement dans les grandes forces cosmiques : la Mer, la Terre, les Fleuves, la Forêt (Une étape de l'évolution haïtienne, p.128-129)

Ayant démontré que, sous des formes différentes, les moeurs et coutumes de l'Afrique expriment les pulsions et les aspirations fondamentales de tous les êtres humains, Price-Mars finit en exhortant ses compatriotes à assumer la dimension africaine de leur personnalité : "....de grâce, mes amis, ne méprisons plus notre patrimoine ancestral. Aimons-le, considérons-le comme un bloc intangible". D'autes avaient certes, et avant Price-Mars, exprimé les même idées, de façon plus radicale et sans précautions oratoires; Arthur C. Holly, par exemple, dans on Rapport entre l'Instruction, La Psychologie et l'Etat social (1921) :

Nous sommes une race batarde qui ne peut pas être blanche et ne veut pas être africaine...il existe un grand nombre d'Haïtiens instruits qui attachent leur idéal et leur dévouement aux pays étrangers, et notamment à la France qui n'a que faire de cette sympathie déplacée (et non pas) sincèrement et sans arrière pensée dévoués de coeur et d'âme au sort de notre Race et de notre pays. Si nous tenons à vivre comme Nation libre et souveraine, il faut que nous consentions à rester ce que nous sommes par nature et rattacher le présent au passé glorieux en tant que Nègres, c'est -à-dire originaires et séculaires détenteurs du flambeau de la civilisation (P.13-15)

 

Bibliographie
 
La Vocation de l'élite. Port-au-Prince: Edmond Chenet, 1919; Port-au-Prince: Ateliers Fardin, 1976; Port-au Prince: Les Éditions des Presses Nationales d'Haïti, 2001.
Ainsi parla l'oncle (essai d'ethnographie). Compiègne (France): Imprimerie de Compiègne, 1928; New York: Parapsychology Foundation, 1954; Montréal: Leméac, 1973, 1979; Port-au Prince: Imprimeur II, 1998.
Une étape de l'évolution haïtienne. Port-au-Prince: Imprimerie La Presse, 1929.
Formation ethnique, folkore et culture du peuple haïtien. Port-au Prince: Éditions Virgile Valcin, 1939.
Contribution haïtienne à la lutte des Amériques pour les libertés humaines. Port-au-Prince: Imprimerie de l'État, 1942.
Jean Pierre Boyer Bazelais et le drame de Miragoâne: à propos d'un lot d'autographes, 1883-1884. Port-au-Prince: Imprimerie de l'État, 1948.
La République d'Haïti et la République Dominicaine. Port-au-Prince: s.n., 1953; Lausanne: Imprimerie Held, 1954.
Le bilan des études ethnologiques en Haïti et le cycle du Nègre. Port-au-Prince: Imprimerie de l'État, 1954.
De Saint Domingue à Haïti: Essai sur la culture, les arts et la littérature. Paris: Présence Africaine, 1959.
Silhouettes de nègres et de négrophiles. Paris: Présence Africaine, 1960.
Vilbrun Guillaume-Sam: ce méconnu. Port-au-Prince: Imprimerie de l'État, 1961.
(Ébauches, 2e série) De la préhistoire d'Afrique à l'histoire d'Haïti. Port-au-Prince: Imprimerie de l'État, 1962.
Lettre Ouverte au Dr. René Piquion, directeur de l'Ecole normale supérieure, sur son manuel de la négritude. Port-au Prince: Éditions des Antilles, 1967.
Joseph Anténor Firmin. Port-au-Prince: Imprimerie du Séminaire Adventiste, 1978 (posthume).
 
L'aventure de Pitite-Caille donne surtout à Lhérisson l'occasion de traiter (pour la première fois en Haïti) les péripéties d'une campagne électorale, qui exigent initiation maçonnique, recrutement d'hommes de main et gardes du corps, organisation de manifestations "spontanées" de soutien, de banquets et de bals offerts aux électeurs. Le tout est ponctué d'énormes éclats de rire mais aussi, pour qui lit attentivement, de critiques acérées des principes sur lesquels repose la politique haïtienne.

L'intrigue de zoune chez sa ninnaine peut se résumer en quelques lignes : Mme Florida Boycotte, commerçante en ville, recueille et élève sa filleule Zoune, fille de paysans des mornes. Celle-ci grandit et devient une belle adolescente que l'amant de Mme Boyotte, l'officier de police Cadet Jacques, se jure de posséder. Prières, cadeaux, menaces n'y font rien, et Zoune n'échappe au viol que de justesse. Elle se plaint à sa marraine, mais Cadet Jacques ayant soutenu que c'est la jeune fille qui lui avait fait des avances, elle est mise à la rue par sa ninnaine ("marraine" en créole).

Longues nouvelles plutôt que véritables romans, La Famille des Pitite-Caille et Zoune chez sa ninnaine marquent, plus que les oeuvres des autres romanciers "nationaux", une étape importante dans la quête de "l'haïtianité" littéraire. D'abord, elles sont les premières à choisir leurs protagonistes dans la toute petite bourgoisie commerçante. Deuxièmement, La Famille des Pitite-Caille décrit pour la première fois non seulement les moeurs électorales, mais toute une série de traditions haïtiennes, comme par exemple le voeu fait aux esprits vaudou d'offrir, en remerciement d'une grâce, un bon repas (en créole tchiam-pan) aux détenus de la prison centrale. Lhérisson profite d'ailleurs de l'occasion pour décrire sans complaisance les conditions effroyables et les abus auxquels sont soumis les forçats. Depuis La Famille des Pitite-Caille de très nombreux écrivains ont eux aussi dénoncés les horreurs du régime carcéral de leur pays. Troisièment, dans les premières pages de Zoune chez sa ninnaine, la vie paysanne est pour la première fois décrite telle qu'elle est en réalité : harrassante, brutale, plontée dans la méfiance, l'ignorance et la superstition. Nous sommes loin de Marcellin et de ses joyeux cultivateurs à la George Sand. Certes, la gouaillle de l'Hérisson affuble les parents de Zoune de noms ridicules: Maréchal Ticoq à son père grand coureur de jupons, et Sor Poum (Madame Prout) à sa mère affligée de flatulence chronique, mais cela ne l'empêche pas de dénoncer : "la grande et criminelle injustice dont ces frères des champs sont les tristes victimes : tout pour les gens de la ville rien pour les gens en debors (paysans en créole); tout pour ces citadins moqueurs et feignants et rien pour "mains noires qui nous donnent le pain blanc". (p. 32)




 

DirectivePub Affiliation


Partenaires