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Louis-Joseph Janvier
(1855-1911)
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Louis
Joseph Janvier poursuivit en France des études de
médecine commencées en Haïti. Docteur
en médecine de l'Université de Paris en 1881,
il entre ensuite à Science-Pô, d'où
il est diplômé deux ans plus tard, avant d'obtenir
une licence en droit à Lille. Outre un épisode
historique romancé, Le Vieux Piquet (1884)
et un roman insignifiant, Une chercheuse (1889),
ce journaliste et polémiste de vocation publie un
grand nombre d'articles concernant sa patrie dans les journaux
français haïtiens, articles réunis en
volumes intitulés La république d'Haïti
et ses visiteurs (1882), Haïti aux Haïtiens
(1884), et l'Egalité des races (1884). Il
collabora à un volume collectif, Les Détracteurs
de la race noire et de la République d'Haïti
(1884). Mentionnons enfin un précieux ouvrage de
références, les Constitutions d'Haïti
(1886), où Janvier reproduit et commente abondamment
les dix-sept constitutions adoptées en Haïti
entre celle de Toussaint Louverture (1801) et la dernière
en date à la publication du livre, celle de 1879.
Les commentaires de Janvier constituent en fait une révision
de l'histoire d'Haïti telle qu'elle avait été
élaborée par les historiens mulâtres
quelques décennies plus tôt. C'est le caractère
et le rôle historique des pères de la Patrie
"nouveaux libres" noirs- Toussaint Louverture,
Dessalines et Christophe
jusqu'alors présentés de façon critique
et parfois hostile, que Janvier célèbre et
monte en épingle, et non pas celui des "anciens
libres" Ogé, Chavannes, Rigaud, Pétion
et Boyer. |
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Chargé
d'affaire puis ministre plénipotentiaire
à Londres, Janvier ne rentra au pays qu'en
1905, vint-neuf ans après son départ
pour la France. Il fut candidat malheureux à
la mairie de Port-au-Prince en 1908, et retourna
bientôt diriger la légation d'Haïti
dans la capitale anglaise. Nommé ensuite
à Paris, il y mourut en 1911.
La République d'Haïti et ses visiteurs
(1882) fut composé pour réfuter les
articles malveillants d'un certain Cochinat dans
le quotidien le parisien La petite Presse. La verve
de Janvier verse facilement dans la diatribe, voire
l'invective, et n'évite pas toujours la grossièreté;
Cochinat ayant prédit la disparition d'Haïti
en tant que nation, Janvier réplique:
"Va simple jésuite et triple gueux,
ta prédiction ne s'accomplira point. Et quoi
que tu fasses, tu n'arriveras jamais jusqu'à
la hauteur de notre mépris, vile et vénale
créature. Tu es noyé dans une mer
d'ajection, valer à langue de vipère
et lorsque tu seras mort, ta charogne empoisonnera
les vers qui la dévoreront et la pourriture
de ta carcasse aura depuis longtemps cessé
d'empester la terre, cependant qu'Haïti continuera
de vivre libre, splendide et prospère au
grand soleil...(P. 51-52)" |
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Abstraction faite
de ces truculents écarts de langage, c'est point
par point qu'il oppose des arguments pertinents à
Cochinat et aux autres plumitif du même acabit.
Il fait remarquer que les reproches d'ensemble et de détail
faits aux Haïtiens pourraient être faits aussi
bien aux Européens en général et
aux Français en particulier : au massacre des Blancs
par Dessalines, par exemple, il oppose la Saint-Barthélémy,
les dragonnades, la Terreur; à ceux qui font la
gorges chaudes de noms de lieux comme Marmelades, la Terreur;
à Saltrou, il fait remarquer que ces noms ont été
choisis par les Français au temps de la colonie.
A qui les ignore, il apprend le nom des hommes de lettres
haïtiens, il explique les moeurs politiques du pays
aux observateurs qui n'y voient qu'anarchie grotesque.
Quant au préjugé de la couleur, il nie purement
et simplement qu'il existe ou même puisse exister
dans sa patrie (entorse évidente à la vérité
que seul explique le patriotisme de ce puritain).
Toute sa vie, il prêcha contre les emprunts contractés
à l'étranger, qui mettaient le pays sous
la dépendance de l'état prêteur, et
contre les privilèges abusifs des commerçants
étrangers établis en Haïti; en politique,
il ne cessa de plaider pour le remplacement du règne
des militaires par un gouvernement civil et pour une réforme
agraire en faveur des paysans; en matière d'éducation,
il prône la multiplication de bourses permettant
aux meilleurs étudients d'aller se perfectionner
en France; du point de vue religieux, voyant en l'église
de Rome la personnification de l'autoritarisme et l'ennemie
des Lumières, ce franc-maçon convaincu lui
compare favorablement son propre protestantisme, facteur
selon lui d'honnêteté et de liberté
intellectuelle et précieuse incitation au travail
productif.
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Bibliographies:
Essais:
Phtisie pulmonaire; causes, traitement préventif.
Paris: A. Parent, 1881.
Les Détracteurs de la race noire et de la
république d'Haïti (avec Jules Auguste,
Clément Denis, Arthur Bowler et Justin Dévost).
Paris: Marpon et Flammarion, 1882.
La République d'Haïti et ses visiteurs
(1840-1882); réponse à M. Victor Cochinat
(de La Petite presse) et à quelques autres
écrivains. Paris: Marpon et Flammarion, 1883;
Port-au-Prince: Éditions Fardin, 1979.
L'Égalité des races. Paris: G. Rougier,
1884.
Haïti aux Haïtiens. Paris: A. Parent,
A. Davy, 1884.
Les Antinationaux, actes et principes. Paris: G.
Rougier, 1884; Port-au-Prince: Panorama, 1962.
Les Affaires d'Haïti (1883-1884). Paris: C.
Marpon et E. Flammarion, 1885; Port-au-Prince: Panorama,
1973.
Les Constitutions d'Haïti, 1801-1885. Paris:
C. Marpon et E. Flammarion, 1886; Port-au-Prince:
Fardin, 1977.
Du Gouvernement civil en Haïti ; avec le portrait
de l'auteur. Lille: Le Bigot frères, 1905.
La caisse d'épargne et l'école en
Haïti. Port-au-Prince: Imprimerie de l'abeille,
1906.
Élections législatives de 1908 ; humble
adresse aux électeurs de la commune de Port-au-Prince.
Port-au-Prince: l'Abeille, 1907; Port-au-Prince:
H. Chauvet, 1908.
Romans:
Le Vieux Piquet ; scène de la vie haïtienne.
Paris: A. Parent, 1884.
Une Chercheuse. Paris: C. Marpon et E. Flammarion,
1889.
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