Le créole
Au
moment de l’indépendance, la masse d’esclaves
illettrés, largement majoritaire, n’avait que le
créole comme instrument de communication. Pourtant, dès
1804, le français est devenu, dans les faits, la langue
du formel (administration, écoles…). C’est
seulement en 1926 qu’on a jugé nécessaire
de le consacrer langue officielle. L’évolution socio-économique
et culturelle, de l’indépendance à nos jours,
a abouti à la coexistence des deux langues, avec deux statuts
sociaux différents, le créole restant considéré
comme inférieur par une certaine partie des scolarisés.
En fait, la totalité de la population haïtienne pratique
quotidiennement le créole et on trouve dans l’île
une grande majorité d’unilingues (entre 75 et 80%),
c’est-à-dire de gens qui ignorent le français.
En
famille :
On a constaté que les scolarisés tentaient de parler
le français avec leurs enfants. Cette pratique est circonscrite
à certains champs du discours. Elle peut être limitée
aux ordres : « Va faire ta toilette », « Va
faire ton devoir… » Les histoires drôles ou
tout autre échange entre parents s’énoncent
en créole. La situation est d’abord formelle quand
un visiteur sans lien avec la famille arrive. La conversation
commence en français pour continuer en créole dès
que la familiarité s’installe. Le niveau social des
familles concernées ici va des couches moyennes les moins
aisées jusqu’aux familles les plus riches.
Dans
l’administration :
Entre fonctionnaires ou entre les fonctionnaires et les administrés
venus entreprendre une démarche, la conversation se fait
à 90 % en créole. Le français est pratiqué
soit pour marquer la distance ou la supériorité,
soit dans une situation formelle ; a l’écrit le français
est utilisé à 100%.
Dans
la presse :
Il existe actuellement deux quotidiens importants, l’un
et l’autre rédigés en français (le
nouvelliste, et le matin).
En plus d’un hebdomadaire (libèté),
deux journaux créoles à circulation régionale
sont aussi diffusés ainsi que de nombreux magazines.
A l’église :
A côté du vaudou, deux religions sont officielles
en Haïti : la catholique et la protestante. La première
a longtemps utilisé le français et/ou le latin pour
les services religieux, et cela même à l’intention
des couches monolingues et défavorisées. La seconde,
introduite en particulier par les Américains, a toujours
pratiqués le créole et a touché très
vite une bonne partie des couches défavorisées.
La
religion catholique s’est, par la suite « indigénisée
» et adapté aux réalités. Aujourd’hui
le créole est utilisé autant que le français,
voire plus que celui-ci.
Dans l’enseignement :
Dès 1978, une réforme a été engagée
qui prévoit l’utilisation, à l’école,
des deux langues. A l’école, toutefois, l’enseignement
est dispensé en français, même si beaucoup
de maîtres, désireux d’assurer la compréhension
de leur matière, utilisent, parallèlement et comme
pis-aller, le créole. Certains, il est vrai, maîtrisent
eux-mêmes très mal le français, ce qui à
contribué à provoquer le recours permanent et exclusif
aux livres et à la mémorisation. Les enseignants
s’adressent en général aux parents en français,
afin de marquer leur statut et de prouver leur compétence
face à ces derniers. A l’université, les cours
se font surtout en français.
A
LA RADIO ET A LA TELEVISION :
L’usage
régulier du créole à la télévision
ne remonte qu’aux années 1990. actuellement un tiers
des programmes est émis dans cette langue. C’est
surtout à la radio que sa progression s’est révélée
la plus sensible. En 1986, le départ de Jean-claude Duvalier
a marqué une étape importante dans cette évolution.
Parmi la quarantaine de stations sises dans la capitale, la plus
régulières consacrent, pour la plupart, plus de
la moitié du nombre total des heures d’antennes à
des émissions en créole. Les informations sont données
systématiquement dans les deux langues. De ce fait, le
créole utilisé par le public scolarisé
est très francisé : cette forme de langue touche
de plus en plus les unilingues créolophones, ainsi qu’on
le note avec l’arrivée, dans les années 1970,
des radios à piles dans les régions les plus reculées.
Situation qui risque, à terme, de détruire le créole.
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