A la fin du XVIII ième siècle,
à la veille de la Révolution française,
Saint-Domingue est le joyau le plus précieux de l'Empire
colonial français témoignant d'une heureuse
prospérité. Si le tiers occidental de l'île
d'Hispaniola concédé par les Espagnols en
1697 par le traité de Ryswick exporte de l'indigo,
du café, du tabac et des bois précieux, il
doit en grande partie sa prospérité à
son industrie sucrière. Celle ci la met en tête
des producteurs de sucre de canne. Cette industrie prend
son véritable essor seulement après 1763,
au lendemain de la guerre de Sept Ans. Elle va à
partir des riches plaines du Nord couvrir la colonie d'un
vaste réseau d'habitations, chaque jour plus fonctionnel
et plus moderne. Les colons qui, pour des raisons multiples,
semblent avoir attaché peu de prix à leur
propre maison, n'ont lésiné sur aucune dépense
pour doter leur usine d'installations somptueuses justifiant
parfois l'importation de pierres de taille et d'ardoises
de la métropole coloniale.
Développée très tardivement,
la plaine du Cul de Sac, entre Port-au-Prince et l'étang
Saumâtre, va pouvoir bénéficier des
dernières acquisitions techniques acquisitions techniques
et des derniers progrès architecturaux, là
où ils existaients déjà, les complexes
industriels seront pour la plupart reconstruits ou réaménagés.
A partir de 1770, les complexes industriels
sont élevés, sauf certaines variantes, selon
un plan type qui, tout en permettant une économie
substantielle d'eau et d'énergie, et en facilitant
l'organisation des opérations, fait gagner leur temps.
Seulement deus formes d'énergie sont utilisées:
la force hydraulique et la traction animale, actionnant
respectivement le moulin à bêtes. Selon ses
disponibilités en eau et l'importance de la production,
les habitations utilisent soit le moulin à eau soit
le moulin à bêtes ou plus rarement les deux.
L'"aqueduc" reçoit son eau d'une prise
d'eau, elle-même liée à un canal principal
parti de la rivière voisine. Long ou court selon
la déclivité des lieux, il conduit l'eau à
la "case à moulin", en vue d'actionner
une roue placée dans la fosse à eau. Le jus
de canne broyé est envoyé à la "chaufferie"
ou "sucrerie" proprement dite, où il est
transformé en sucre brut par des cuissons successives
dans cinq ou six chaudières. Le sucre est ensuite
nettoyé et traité à la "purgerie",
placé dans des sacs et séché à
l'"étuvé", il est ensuite prêt
pour l'exportation.
Les habitations de la plaine du Cul de Sac près de
Port-au-Prince, ont prospéré avant d'être
désaffectées au XIX ième siècle
et surtout après 1920-1925 à la suite de la
formation de la Haitian Américan Sugar Company. La
plupart des habitations sont rapidement tombées en
ruine. Les vestiges ont tendance à disparaître
aujourd'hui. Il en reste cependant une vingtaine dignes
d'être visités. Ils sont tous situés
en bordure de la nationale 4 et sur la route de Malpasse
et de la frontière dominicaine, mais pas toujours
facile d'accès . Le circuit touristique pourrait
cependant conduire à Sainto, d'Argout, Borgella,
Jumecourt, puis à Noailles, Digneron, Rocheblanche
et Dumay; toutes ces habitations sont situées en
bordure de la route locale allant de la Croix-des-Bouquets
au Bassin général sur la rivière Grise.
La route nationale traverse l'habitation santo. L'étuve
qu'on peut voir sur la droite en allant à la Croix-des-Bouquets
est encore en excellent état. A gauche se trouve
le double moulin à bêtes, merveille d'architecture
de briques, le plus grand, pense t'-on, du bassin de la
Caraïbe. De la chaufferie, il ne subsiste que quelques
pas de mur et une très belle cheminée en briques
rouges.
D'Argout est juste à la sortie de la Croix-des-Bouquets.
Il a conservé son très long aqueduc à
mur aveugle. La fosse à eau, assez profonde, ombragée
par un très grand figuier, a été récupérée
par le culte vaudou. L'étuge double, comme celle
de Santo, a, cas unique, gardé sa couverture d'ardoises.
Long de plus de 300 m, l'aqueduc de Borgella, avec le jeu
rythmique de ses arcades, est l'un des plus beaux et des
mieux conservés de la plaine du Cul de Sac. "Modernisés"
au début du XX ième siècle, le moulin
et la sucrerie ont fonctionné jusqu'en 1989.
Inspiré de l'architecture militaire, l'aqueduc de
Jumecrourt, long seulement d'une dizaine de mètres,
est imposant et majestueux. Les vestiges de la fosse à
eau très profonde sont encore en assez bon état,
ainsi que le très grand moulin à bêtes.
Un ensemble qui pourrait bien être les restes d'une
"guildiverie" s'étale au pied de l'étuve
placée sur une éminence et visible de la route
nationale. Jemecourt est l'une des rares habitations sinon
la seule de la plaine du Cul de Sac où il est encore
possible de voir les fondations de la grande case qui dominait
sur un monticule de l'ensemble du complexe industriel.
Un second circuit comprend également l'habitation
Santo, mais, arrivé à la Croix-des-bouquets,
empruntez le chemin vicinal en direction du Bassin général.
Noailles a gardé son long acqueduc et la case à
moulin en assez bon état. L'ancienne sucrerie avait
été vers 1920-1930 intégrée
à un ensemble sucrier beaucoup plus vaste, mais qui
s'était efforcé de conserver l'allure de l'architecture
coloniale.
Quand on arrive à Digneron, on est
frappé par la majesté de l'étuve qui
se dresse à l'entrée de l'habitation. Les
restes de la sucrerie et du moulin sont encore visibles.
La machinerie du moulin est toujours là. L'aqueduc
qui porte encore l'enduit rose de l'époque coloniale,
et qui est encore utilisé pour l'irrigation, est
une merveille de grâce et de légèreté.
La double étuve de Rocheblanche est aussi importante
que celle de Digneron. La route l'isole du reste des vestiges.
Le long aqueduc aveugle a subi de graves dommages en 1994,
lors du passage du cyclone Gordon. La roue placée
au début du XX ième siècle est encore
dans la fosse à eau.
Dumay était avec Santo la plus vaste habitation de
la plaine du Cul de Sac. elle a conservé son très
long aqueduc. La case à moulin est encore en assez
bon état. Dumay possédait, outre le moulin
à eau, un moulin à bêtes, dont il ne
reste pas grand-chose. Une petite construction dont on n'a
pu déterminer la destination (dépôt
ou cachot) est l'une des curiosités de Dumay.
Sur le chemin de retour, à partir du Boulevard du
15 octobre, il est recommandé de faire un détour
par Garadeux, dont il ne reste aujourd'hui que l'aqueduc
et une étuve. Ces vestiges symbolisent toutes les
horreurs de l'esclavage. Vous ne devez pas ignorer que la
prospérité de Saint-Domingue a eu pour base
le système le plus abject que l'homme ait jamais
inventé...
Retour économie
d'haïti
|